Paris Sportifs : l’ANJ veut limiter la pression publicitaire pendant la Coupe du Monde 2026

À quatre mois du coup d'envoi de la Coupe du Monde 2026, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) hausse le ton. Dans un communiqué publié le 13 février 2026, le régulateur alerte sur une hausse de plus de 25 % des budgets promotionnels des opérateurs de paris sportifs et demande à l'ensemble de l'écosystème — diffuseurs, opérateurs et législateur — de modérer la pression publicitaire autour du plus grand événement sportif de la planète. Un signal fort, dans la continuité des engagements pris depuis le Mondial 2022.
Paris Sportifs : l’ANJ veut limiter la pression publicitaire pendant la Coupe du Monde 2026
L'essentiel sur l'alerte ANJ – Publicité et Coupe du Monde 2026
Les opérateurs affichent une hausse de plus de 25 % de leurs budgets promotionnels pour 2026
Coupe du Monde du 11 juin au 19 juillet 2026 – 104 matchs, 48 équipes, 16 villes
L’ANJ demande aux opérateurs de ne pas dépasser les enveloppes budgétaires annoncées
M6, diffuseur principal, renonce aux pubs de jeux d’argent pendant les pauses fraîcheur
Le régulateur réclame au législateur l’instauration du « whistle to whistle ban »
15,3 % des parieurs sportifs présentent un comportement de jeu problématique (OFDT 2023)

Des « pauses fraîcheur » qui font monter la température

C’est une décision de la FIFA qui n’est pas passée inaperçue du côté du régulateur français des jeux d’argent. Le 7 décembre 2025, l’instance internationale du football a annoncé l’instauration de pauses d’hydratation de trois minutes à chaque mi-temps de chaque match du Mondial 2026. Concrètement, l’arbitre interrompra le jeu à la 22e minute de chaque période pour permettre aux joueurs de se réhydrater, quelle que soit la météo ou la température dans le stade.

Manolo Zubiria, directeur compétition pour la Coupe du Monde 2026, a précisé lors d’une réunion à Washington que ces pauses seraient systématiques, « indépendamment de l’endroit où se déroule la rencontre, de la température ou de la présence d’un toit ». La FIFA présente cette mesure comme un geste en faveur du bien-être des joueurs, dans la lignée de ce qui avait déjà été expérimenté lors de la Coupe du Monde des Clubs 2025 aux États-Unis.

Mais derrière la question de l’hydratation se cache un enjeu économique considérable. David Larramendy, président du groupe M6 — diffuseur des 54 meilleures affiches du tournoi en France — l’a confirmé au journal Le Monde : une minute de publicité sera commercialisée lors de chacune de ces pauses. De quoi offrir aux annonceurs un accès inédit au cœur même du spectacle sportif, une pratique qui rappelle le découpage en quarts-temps du sport professionnel nord-américain.

+25 % de budgets promotionnels : l’ANJ dit stop

C’est précisément cette perspective qui a renforcé les préoccupations de l’ANJ. En examinant les stratégies promotionnelles 2026 des opérateurs de jeux d’argent et de hasard, le régulateur a constaté une hausse de plus de 25 % de leurs budgets promotionnels. Les opérateurs justifient cette augmentation par un calendrier sportif particulièrement dense, avec la Coupe du Monde pour point d’orgue.

La réponse de l’ANJ est sans ambiguïté : elle a demandé à l’ensemble des opérateurs de ne pas dépasser les budgets annoncés. Le message vaut autant pour les dépenses média classiques (télévision, affichage, digital) que pour les gratifications financières — les fameux bonus — qui représentaient déjà 60 % des budgets promotionnels globaux du secteur, en hausse de 23 % l’an dernier.

Le communiqué de l’ANJ pointe en outre l’introduction de « 2 minutes de pauses publicitaires supplémentaires au cours de chaque match » et les risques qui en découlent pour les joueurs les plus vulnérables, en particulier les jeunes adultes. Un signal fort, dans la continuité de la politique de « désintensification » publicitaire menée depuis l’Euro 2021.

15,3 %

Jeu problématique chez les parieurs sportifs

18 %

Des 18-24 ans jouent aux paris sportifs

74,9 %

Des parieurs sportifs jouent en ligne

104

Matchs au programme du Mondial 2026

M6 fait un geste, l’ANJ veut que ça fasse école

Bonne nouvelle dans ce paysage tendu. Après un échange entre l’ANJ et l’ADMTV — l’association qui regroupe la totalité des régies publicitaires des éditeurs de télévision et des services de streaming — le régulateur a appris qu’un « diffuseur majeur » avait décidé de ne pas commercialiser les pauses fraîcheur aux annonceurs du secteur des jeux d’argent. Si le communiqué officiel ne cite aucun nom, le site spécialisé CB News a confirmé qu’il s’agit bien de M6.

Le diffuseur s’est également engagé à respecter les chartes de bonne conduite établies depuis 2022 par l’ARCOM, l’ANJ et l’ARPP. L’ANJ « en prend bonne note » mais ne s’arrête pas là. Elle appelle l’ensemble des acteurs concernés, diffuseurs comme opérateurs, à faire preuve de modération dans la valorisation de ces nouveaux espaces publicitaires, y compris dans l’activation de leurs partenariats sportifs.

Par ailleurs, le régulateur réitère un rappel ferme : les diffuseurs doivent respecter les règles d’interdiction de la publicité pour les offres illégales de jeux d’argent, et en particulier les casinos en ligne. Ces derniers demeurent interdits en France, mais leur publicité continue de s’afficher sur les écrans et les réseaux sociaux à l’approche de chaque grand événement sportif.

🌍 Le saviez-vous ?

Le whistle to whistle ban — l’interdiction de la publicité pour les jeux d’argent cinq minutes avant, pendant et cinq minutes après un événement sportif — est en vigueur au Royaume-Uni depuis 2019. Selon la Fédération Addiction, cette mesure a permis de réduire de 97 % le nombre de spots publicitaires de paris sportifs vus par les mineurs de moins de 17 ans à la télévision. L’ANJ demande au législateur français de s’en inspirer.

Coupe du Monde 2022 : les leçons du Mondial au Qatar

Pour mesurer les enjeux de 2026, un retour sur le précédent grand rendez-vous mondial s’impose. Lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, les paris sportifs en ligne avaient atteint des niveaux records en France : 597 millions d’euros de mises et 70 millions d’euros de produit brut des jeux (PBJ). Cela représentait une hausse de 56 % par rapport au Mondial 2018, où 366 millions d’euros avaient été engagés.

La seule finale France-Argentine avait généré plus de 50 millions d’euros de mises, soit 13 millions de plus que le précédent record établi lors de France-Croatie en 2018. Et parmi les nouveaux parieurs recrutés pendant le tournoi, 53 % avaient entre 18 et 24 ans — un chiffre qui en dit long sur la cible prioritaire du marketing des opérateurs.

Autre enseignement marquant : 70 % des comptes joueurs actifs pendant le Mondial affichaient un bilan négatif, et seulement 1 % avaient gagné plus de dix fois leur mise. L’ANJ soulignait à l’époque que les contenus publicitaires s’étaient « normalisés » grâce aux chartes signées en novembre 2022, avec moins de mises en avant de signes extérieurs de richesse ou de fausses promesses d’ascension sociale. Mais le régulateur pointait déjà deux failles : le recours massif au sponsoring d’émissions et l’utilisation d’influenceurs.

← Glissez pour voir le tableau complet →

Indicateur Mondial 2018 Mondial 2022 Mondial 2026
Nombre d’équipes 32 32 48
Nombre de matchs 64 64 104
Mises paris sportifs (France) 366 M€ 597 M€ ?
Record mises sur un match 38 M€ 51 M€
Pauses publicitaires en match Mi-temps Mi-temps Mi-temps + 2 pauses
Durée de la compétition 32 jours 29 jours 39 jours

2026 : un Mondial inédit, des risques démultipliés

Le Mondial 2026 s’annonce comme un événement d’une ampleur jamais vue dans l’histoire de la Coupe du Monde. Première édition à 48 équipes, la compétition comptera 104 matchs répartis du 11 juin au 19 juillet dans 16 villes situées aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Davantage de matchs signifie mécaniquement davantage de créneaux de paris, davantage de publicités et davantage d’exposition pour les joueurs vulnérables.

L’étude EROPP 2023 de l’OFDT, citée par l’ANJ dans son communiqué, apporte un éclairage précieux sur l’état du jeu en France. Plus de la moitié des adultes (51,6 %) ont misé de l’argent à un jeu d’argent et de hasard en 2023, un chiffre en hausse de 4,6 points par rapport à 2019. Parmi les parieurs sportifs, les pratiques à risque sont particulièrement marquées : près d’un quart (25,7 %) jouent au moins une fois par semaine, et surtout, 74,9 % d’entre eux jouent en ligne — un terrain où la publicité numérique est omniprésente et bien plus difficile à réguler que les spots télévisés.

Le profil des parieurs sportifs confirme l’inquiétude du régulateur. Les hommes sont près de six fois plus nombreux que les femmes à pratiquer les paris sportifs, et la tranche des 18-24 ans représente la population la plus exposée. En 2022, lors du Mondial au Qatar, cette classe d’âge représentait déjà 53 % des nouveaux comptes ouverts sur les plateformes de paris en ligne.

📋 Ce que demande l’ANJ — Résumé des mesures

Aux opérateurs Ne pas dépasser les budgets promotionnels annoncés pour 2026
Aux diffuseurs Modérer la commercialisation des pauses fraîcheur auprès du secteur JAH
Aux diffuseurs (rappel) Respecter l’interdiction de la publicité pour les casinos en ligne illégaux
Au législateur Instaurer le « whistle to whistle ban » et renforcer l’encadrement du sponsoring sportif

Du coup de sifflet au coup de semonce

Depuis l’Euro 2021, qui avait marqué un tournant avec une pression publicitaire jugée « inédite » par le régulateur, la France a mis en place un arsenal de chartes, de recommandations et de lignes directrices pour encadrer la communication des opérateurs de paris sportifs. Mais l’ANJ reconnaît elle-même les limites de ces outils non contraignants : seule une intervention du législateur pourrait rendre obligatoire le whistle to whistle ban et instaurer un cadre véritablement protecteur.

En attendant, M6 a montré l’exemple en excluant volontairement les opérateurs de jeux d’argent des nouvelles pauses fraîcheur. L’ANJ espère que ce geste de responsabilité fera des émules parmi les autres diffuseurs et les opérateurs eux-mêmes. Car si les paris sportifs font partie intégrante du spectacle footballistique pour des millions de Français, il reste essentiel que cette pratique demeure un divertissement — et non un piège tendu en plein temps additionnel.

Une chose est certaine : avec 104 matchs au programme, 48 nations en lice et des pauses publicitaires inédites, la Coupe du Monde 2026 s’annonce comme le plus grand test jamais imposé à la régulation française des jeux d’argent.

Interdit aux moins de 18 ans LES JEUX D'ARGENT ET DE HASARD PEUVENT ÊTRE DANGEREUX : PERTES D'ARGENT, CONFLITS FAMILIAUX, ADDICTION... RETROUVEZ NOS CONSEILS SUR JOUEURS-INFO-SERVICE.FR (09 74 75 13 13 - APPEL NON SURTAXÉ) logo du gouvernement français
Photo de Simon Richomme
Simon Richomme

Responsable éditorial pour la section Casino et cofondateur de Tirage-Gagnant.com depuis 2013. Rédacteur et joueur de roulette et de blackjack régulier en casino, il mêle ses compétences techniques avec sa passion du jeu.

Logo de Google Actualités
Ne manquez aucune information en nous suivant sur Google Actualités !
Suivre