Jeux d’argent : la pratique des mineurs explosent, l’ARPEJ et l’ANJ alertent
42,6 % des 15-17 ans ont joué : forte hausse en 4 ans
C’est le chiffre qui frappe d’emblée : en 2025, plus de quatre jeunes sur dix âgés de 15 à 17 ans déclarent avoir participé à au moins un jeu d’argent et de hasard au cours des douze mois précédant l’enquête. Ce taux de 42,6 % représente une hausse statistiquement significative de 7,8 points par rapport à 2021 (34,8 %), quand l’étude avait été conduite pour la première fois à périmètre comparable.
Il faut mesurer ce que représente concrètement cette progression. En France, les jeux d’argent sont interdits aux moins de 18 ans. Pourtant, en l’espace de quatre ans, la proportion de mineurs joueurs a bondi d’un tiers. La hausse concerne toutes les tranches d’âge et les deux sexes, même si elle est particulièrement marquée chez les garçons (de 36,1 % à 45,5 %) et, fait notable, chez les plus jeunes : les 15 ans passent de 33 % à 42,9 %, soit presque le même niveau que leurs aînés de 17 ans (45 %).
La comparaison internationale est également parlante. L’enquête européenne ESPAD 2024 relevait que 23 % des jeunes Européens de 15-16 ans avaient joué au cours des 12 derniers mois. La France, à 42,6 %, se situe nettement au-dessus de cette moyenne, au même rang que les pays historiquement les plus exposés comme l’Italie (45 %) ou l’Islande (41 %).
42,6 %
Mineurs joueurs en 2025
+7,8 pts
Progression depuis 2021
5 000
Jeunes interrogés (15-17 ans)
10 €
Dépense médiane par session
Le grattage : une pratique banalisée
Qui dit progression dit aussi identification des moteurs. Et l’étude est très claire sur ce point : la hausse est principalement portée par les jeux de grattage. La part des 15-17 ans qui déclarent pratiquer ce type de jeu passe de 27,3 % en 2021 à 34,3 % en 2025. Les jeux de tirage progressent également (de 16,9 % à 20 %) tout comme les paris sportifs (de 9,9 % à 11,4 %).
À l’inverse, d’autres pratiques reculent : les paris e-Sport (de 7,5 % à 5,7 %), les jeux de casino en ligne, le poker, les paris financiers. Une évolution que les auteurs de l’étude interprètent comme un rééquilibrage vers des jeux perçus comme plus « accessibles » et socialement acceptés, les fameux tickets à gratter que l’on offre à Noël et que l’on trouve dans n’importe quel bureau de tabac.
C’est justement là que réside l’une des clés de compréhension de cette étude. Le jeu de grattage, perçu comme anodin et festif, est en réalité le principal vecteur d’entrée dans la pratique des jeux de hasard pour les mineurs français. Plus de la moitié des jeunes gratteurs (54,1 %) ne pratiquent que ce type de jeu, de façon exclusive. Ce profil « mono-jeu » est en forte hausse, et c’est lui qui tire vers le haut l’ensemble des statistiques de prévalence.
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| Type de jeu | 2021 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Jeux de grattage | 27,3 % | 34,3 % | +7,0 pts |
| Jeux de tirage | 16,9 % | 20,0 % | +3,1 pts |
| Paris sportifs | 9,9 % | 11,4 % | +1,5 pt |
| Paris e-Sport | 7,5 % | 5,7 % | -1,8 pt |
| Poker | 5,9 % | 4,9 % | -1,0 pt |
| Paris hippiques | 6,2 % | 5,6 % | stable |
La famille : premier complice (involontaire) de l’accès aux jeux de hasard
L’un des enseignements les plus frappants de l’étude ENJEU-Mineurs 2025 concerne le rôle des parents. Une question inédite révèle que 65 % des joueurs mineurs déclarent avoir accédé aux jeux en point de vente physique par l’intermédiaire de leurs parents. Pour les jeux de grattage et de tirage, ce chiffre monte même à 71,7 % et 69,9 %.
En ligne, la progression est tout aussi significative. La part des mineurs jouant sur le compte de leurs parents avec leur accord est passée de 23,6 % en 2021 à 36,9 % en 2025. Et 14 % déclarent y accéder sans autorisation contre 9,7 % quatre ans plus tôt — une hausse statistiquement significative. Par ailleurs, 38,2 % des mineurs joueurs affirment avoir pu créer un compte en ligne seuls, souvent sans vérification sérieuse de leur âge, contre 20,4 % en 2021.
Ces données renvoient à un problème profond de perception du risque au sein des familles. L’étude qualitative CONPARE, publiée en parallèle par l’ARPEJ en 2025, l’illustre clairement : la plupart des parents perçoivent les jeux d’argent comme une activité ludique, conviviale, festive — et ne l’appréhendent pas comme une pratique potentiellement risquée pour leurs enfants. La transmission familiale du jeu s’effectue dans la légèreté, sans conscience des conséquences à long terme d’une initiation précoce.
📋 Comment les mineurs accèdent ils aux jeux en ligne ?
| Via le compte d’un parent (avec accord) | 36,9 % (+13,3 pts vs 2021) |
| Compte créé seul, sans contrôle réel | 38,2 % (+17,8 pts vs 2021) |
| Compte créé avec l’aide d’un parent | 26,4 % (+7,4 pts vs 2021) |
| Via le compte d’un parent (sans accord) | 14,0 % (+4,3 pts vs 2021) |
Des dépenses qui s’envolent, une fréquence qui s’intensifie
La progression ne se limite pas au nombre de joueurs. L’intensité des pratiques s’est nettement renforcée sur les deux critères mesurés par l’étude : la fréquence et la dépense. La part des 15-17 ans jouant au moins une fois par semaine est passée de 8,9 % à 12,1 %, et ceux jouant une à trois fois par mois progressent de 10,8 % à 14,2 %.
Sur le plan financier, le changement est encore plus frappant. La dépense médiane par occasion de jeu a presque doublé en quatre ans, passant de 6 € à 10 €. La part des jeunes dépensant plus de 20 € par session a littéralement explosé : de 3,3 % en 2021 à 8,4 % en 2025. Parmi les joueurs actifs, 19,7 % déclarent désormais dépenser plus de 20 € lors d’une occasion de jeu, contre 9,6 % quatre ans plus tôt.
Ces montants, rapportés à des adolescents de 15 à 17 ans qui n’ont généralement pas ou peu de revenus propres, posent une question légitime : qui finance réellement ces dépenses ? L’étude souligne elle-même l’impossibilité de le déterminer avec certitude, mais les données sur l’accès familial laissent peu de place au doute.
Le paradoxe des joueurs excessifs : une baisse à ne pas célébrer trop vite
C’est le résultat le plus complexe de l’étude, et ses auteurs le reconnaissent avec une franchise appréciable. Alors que la pratique globale progresse fortement, la proportion de joueurs excessifs mesurée par l’ICJE a reculé : de 7,6 % en 2021 à 5,4 % en 2025. Le taux de joueurs problématiques (risque modéré + excessif) diminue également, passant de 12,1 % à 10,5 %.
Comment expliquer cette apparente contradiction ? L’étude avance plusieurs hypothèses.
La nature des jeux pratiqués a changé : la forte progression du grattage et du tirage, des jeux à plus faible risque et le recul des jeux à haute dangerosité (casino en ligne, paris financiers, e-Sport) ont probablement joué un rôle modérateur. La multi-activité, reconnue comme facteur aggravant, est également en recul. Et la pratique exclusive en lieu physique plutôt qu’en ligne augmente fortement, or le jeu en ligne est un prédicteur important du jeu excessif.
Il convient par ailleurs de rappeler le contexte de l’enquête 2021, conduite en sortie de crise sanitaire. La fermeture des points de vente et l’arrêt des compétitions sportives avaient probablement minoré la pratique des mineurs cette année-là. La progression mesurée entre 2021 et 2025 intègre donc un effet de rattrapage post-Covid qu’il serait inexact de négliger.
La publicité et les influenceurs : une exposition massive, mal régulée
Près de huit jeunes sur dix (78,8 %) déclarent avoir été exposés à des publicités pour les jeux d’argent au cours des trois mois précédant l’étude. Ce taux monte à 85,1 % chez les jeunes déjà joueurs. Si les médias traditionnels restent le premier vecteur d’exposition (50,2 % des joueurs exposés), les réseaux sociaux consolident leur place de deuxième canal (43,8 %).
Mais l’enseignement le plus marquant concerne les influenceurs. Trois joueurs sur dix (30,1 %) déclarent avoir été exposés à des contenus de créateurs de contenu faisant la promotion des jeux d’argent, faisant des influenceurs la quatrième source d’exposition la plus citée. Ces contenus, souvent présentés sous forme de divertissement ou de codes promotionnels « naturels », échappent en partie aux règles habituelles de la publicité réglementée.
Sur le plan de la prévention, 63,6 % des jeunes déclarent avoir été exposés à des messages de prévention au cours des trois derniers mois — un chiffre encourageant, mais qui signifie qu’un tiers des 15-17 ans n’y a pas été exposé. Et si les campagnes institutionnelles sont mémorisées, leur impact réel sur les comportements reste, à ce stade, difficile à démontrer.
Des dommages réels, une demande d’aide trop discrète
Au-delà des statistiques de prévalence, l’étude s’intéresse aux conséquences concrètes du jeu sur la vie des mineurs. En 2025, 6,6 % des 15-17 ans déclarent que le jeu perturbe leur rythme quotidien (contre 5,6 % en 2021), 6,6 % se sentent nerveux ou stressés à cause du jeu (contre 5,1 %) et 6,4 % observent un impact sur leur humeur (contre 5,5 %). Des chiffres en hausse, même si certains effets négatifs — tensions familiales, prise de risque, consommation de produits psychoactifs — semblent diminuer chez les joueurs actifs.
Pourtant, la demande d’aide reste marginale. Seulement 12,6 % des joueurs déclarent avoir sollicité une aide extérieure. Les deux tiers de ceux qui ont arrêté ou réduit leur pratique l’ont fait seuls, sans recours à un professionnel. Ce constat pose la question de la lisibilité et de l’accessibilité des dispositifs d’aide pour un public jeune.
Si vous vous sentez prendre le chemin de l’addiction, vous pouvez contactez Joueurs Info Services ou SOS Joueurs.










