Polymarket et sites de prédictions illégaux : l’ANJ tire la sonnette d’alarme aux joueurs

L'Autorité nationale des jeux (ANJ) tire la sonnette d'alarme ce lundi 24 février 2026 : les plateformes de marchés de prédiction comme Polymarket sont des sites de jeux d'argent illégaux en France. Derrière la promesse séduisante de « prédire l'avenir », ces plateformes non régulées brassent des milliards de dollars, nourrissent des scandales de manipulation et présentent des risques d'addiction amplifiés par l'absence totale de protections pour les joueurs.
Polymarket et sites de prédictions illégaux : l’ANJ tire la sonnette d’alarme aux joueurs
L'essentiel sur l'alerte de l'ANJ concernant les sites comme Polymarket
Polymarket et les marchés de prédiction sont des sites de jeux d’argent illégaux en France
Plus de 27,9 milliards de dollars échangés sur ces plateformes entre janvier et octobre 2025
Aucune protection pour les joueurs : pas de limite de mise, pas de contrôle d’identité, pas de limite de temps
Plateformes accessibles 24h/24 — une boucle addictive sans garde-fou
Polymarket géobloqué en France depuis novembre 2024 à la demande de l’ANJ, mais contournable via VPN
 
Important
L’ANJ appelle les utilisateurs français à la plus grande prudence face à ces sites non autorisés

Qu’est-ce qu’un marché de prédiction et comment ça fonctionne

Le concept est simple en apparence. Un marché de prédiction propose aux utilisateurs de miser sur l’issue d’un événement futur, formulé sous forme de question binaire : « oui » ou « non ». Le prix des contrats évolue en temps réel en fonction de l’offre et de la demande, et peut être interprété comme une probabilité. Si l’événement se réalise, ceux qui ont parié « oui » empochent la mise. Dans le cas contraire, ils perdent tout.

Concrètement, sur Polymarket, la plateforme dominante du secteur, les paris se font en cryptomonnaie (USDC) sur la blockchain Polygon. Et les sujets de paris ne connaissent quasiment aucune limite : élections présidentielles, décisions de banques centrales, résultats sportifs, mais aussi conflits armés, frappes militaires ou même… la tenue vestimentaire d’un chef d’État. Comme le souligne l’ANJ dans son communiqué du 24 février 2026, ces marchés sont à la fois assimilables à des plateformes de paris et à des produits financiers spécialisés, puisqu’il est possible de revendre sa position avant la résolution de l’événement.

Polymarket : l’ascension fulgurante d’un géant controversé

Fondée en 2020 par Shayne Coplan, Polymarket a véritablement explosé lors de l’élection présidentielle américaine de 2024. La plateforme a alors enregistré un volume record de 3,6 milliards de dollars de paris sur le seul scrutin Trump-Harris, et a correctement anticipé la victoire du candidat républicain, là où plusieurs modèles de sondages traditionnels s’étaient trompés. Une performance qui lui a valu une couverture médiatique considérable et l’a propulsée au rang d’outil de référence pour certains analystes.

Depuis, les volumes n’ont cessé de croître. Selon les données compilées par l’ANJ, les transactions cumulées sur les principales plateformes mondiales ont dépassé 27,9 milliards de dollars entre janvier et octobre 2025, avec des pics hebdomadaires supérieurs à 2,3 milliards. Polymarket revendique aujourd’hui une valorisation estimée à 9 milliards de dollars. Son concurrent américain Kalshi complète ce duopole qui domine le marché mondial.

Mais cette réussite financière s’accompagne de liens politiques qui interrogent. Donald Trump Jr. est devenu investisseur et conseiller stratégique de Polymarket. Peter Thiel, milliardaire libertarien, a investi près de 200 millions de dollars dans la plateforme. Elon Musk a connecté son chatbot Grok aux données de Polymarket. Plus récemment, l’administration Trump a abandonné les enquêtes fédérales visant la plateforme, et la CFTC (le régulateur américain des marchés à terme) a autorisé Polymarket à opérer aux États-Unis en novembre 2025.

27,9 Mds $

Transactions cumulées janv.–oct. 2025

3,6 Mds $

Misés sur l’élection US 2024

33 pays

Ont bloqué ou restreint Polymarket

9 Mds $

Valorisation estimée de Polymarket

L’affaire du « Français à 30 millions de dollars »

L’histoire a fait le tour du monde. En octobre 2024, un trader français se faisant appeler « Théo » (pseudonyme Fredi9999 sur la plateforme) a misé plus de 30 millions de dollars sur la victoire de Donald Trump via Polymarket. Pour ne pas déstabiliser le marché, il a réparti ses paris sur quatre comptes différents, accumulant les mises par petites transactions successives. Résultat : après la victoire de Trump, son bénéfice net a dépassé les 80 millions de dollars, selon les analyses de la société Chainalysis.

L’affaire a immédiatement suscité des soupçons de manipulation de marché. Le Wall Street Journal a révélé que les quatre comptes étaient financés par la même plateforme d’échange de cryptomonnaies, ce qui a alimenté les questions sur une éventuelle action coordonnée visant à gonfler artificiellement les chances de Trump sur Polymarket. L’homme a assuré n’avoir « aucune intention politique » et agir uniquement par intérêt financier. Polymarket a conclu, après enquête interne, que le trader prenait simplement une position basée sur ses « opinions personnelles ».

Ce pari spectaculaire a toutefois mis la plateforme dans le viseur des autorités françaises. C’est dans la foulée, en novembre 2024, que l’ANJ a obtenu le géoblocage de Polymarket pour les utilisateurs français.

Parier sur les guerres : quand l’éthique disparaît

Si les paris sur des élections posent déjà des questions démocratiques, c’est la monétisation des conflits armés qui suscite la plus vive indignation. Rien qu’en novembre 2025, Polymarket proposait une centaine de marchés liés à la guerre en Ukraine. Les utilisateurs pouvaient miser sur la prise de villes par l’armée russe, sur un éventuel cessez-le-feu, sur l’utilisation d’une arme nucléaire ou encore sur l’assassinat de dirigeants. Selon le média ukrainien AIN, plus de 270 millions de dollars de paris ont été placés sur des événements liés au conflit en Ukraine.

Un cas emblématique a mis en lumière les dérives possibles. En novembre 2025, un pari portait sur la prise d’un carrefour de la ville de Myrnohrad par l’armée russe avant une date butoir. Quelques heures avant l’échéance, quelqu’un disposant d’un accès à la carte de l’Institute for the Study of War (ISW), source de référence utilisée par Polymarket, a modifié les données cartographiques pour faire apparaître une avancée russe fictive. Le pari a été résolu, l’argent versé, puis la modification a mystérieusement disparu. L’ISW a confirmé qu’il s’agissait d’une manipulation non autorisée de ses données.

En janvier 2026, l’Ukraine est devenue le 33e pays à bloquer Polymarket, citant explicitement les paris sur la guerre comme facteur ayant accéléré la décision du régulateur. Comme l’a formulé l’ANJ dans son communiqué, dès lors qu’un acteur peut parier sur un événement et en influencer la probabilité, le marché crée une incitation financière à provoquer des issues négatives, qu’il s’agisse de sabotage sportif ou d’actes violents en contexte géopolitique.

Scandales de manipulation et délits d’initiés à répétition sur Polymarket

Les controverses ne se limitent pas aux paris sur les conflits. Polymarket accumule les scandales liés à la manipulation de ses marchés et aux soupçons de délits d’initiés.

Information
Les affaires qui ont ébranlé Polymarket Le marché Ukraine-minerais (mars 2025) — Un pari de 7 millions de dollars sur un accord entre les États-Unis et l’Ukraine sur les terres rares a été résolu « oui » sans qu’aucun accord officiel n’ait été confirmé. Des « baleines » détenant des tokens UMA (le système d’arbitrage de Polymarket) sont accusées d’avoir manipulé le vote de résolution.
L’affaire du costume de Zelensky (juillet 2025) — Un marché portant sur la tenue du président ukrainien lors d’un sommet de l’OTAN a atteint 200 millions de dollars de volume. Sa résolution contestée a provoqué un tollé et un sérieux préjudice réputationnel pour la plateforme. Délit d’initié sur Google (décembre 2025) — Un trader, sous le pseudonyme AlphaRaccoon, a remporté plus d’un million de dollars en pariant sur le classement Google Year in Search avec un taux de réussite statistiquement improbable de 22 prédictions justes sur 23. Renseignements militaires israéliens (2025) — Deux individus en Israël, dont un réserviste des forces armées, ont été inculpés pour avoir utilisé des informations militaires classifiées afin de parier avec précision sur des frappes contre l’Iran, empochant plus de 150 000 dollars de bénéfices. Le pari sur Maduro (janvier 2026) — Un utilisateur anonyme a placé des paris sur la capture du président vénézuélien quelques heures seulement avant l’intervention des forces spéciales américaines, réalisant un bénéfice de 400 000 dollars.

Face à ces affaires, la position du fondateur de Polymarket, Shayne Coplan, a de quoi surprendre. Dans une interview accordée à CBS News, il a défendu le principe du trading sur information non publique, estimant que les initiés qui profitent du marché contribuent à « accélérer la découverte de la vérité ». Une philosophie pour le moins déconcertante lorsqu’il s’agit d’informations militaires classifiées.

L’analyste norvégien Folke Hermansen, qui a documenté plusieurs cas de manipulation, a pointé un problème structurel : le système d’arbitrage UMA est contrôlé par un petit nombre de « baleines ». Selon lui, deux adresses contrôlent plus de la moitié des votes de résolution, et un seul individu détiendrait jusqu’à 7,5 millions de tokens UMA sur les 20 millions en jeu. Sur Trustpilot, la plateforme affiche d’ailleurs une note de 1,3 sur 5.

Des risques d’addiction amplifiés par l’absence de régulation

C’est le cœur de l’alerte lancée par l’ANJ. Les marchés de prédiction présentent des caractéristiques addictives semblables à celles des jeux d’argent en ligne classiques, mais considérablement amplifiées par l’absence totale des mécanismes de protection qui existent sur le marché légal.

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Protection Sites légaux en France (FDJ, paris sportifs) Polymarket et marchés de prédiction
Vérification d’identité / majorité ✅ Obligatoire (18 ans min.) ❌ Aucune
Limites de dépôts / mises ✅ Plafonds obligatoires ❌ Aucune limite
Limites de temps de jeu ✅ Alertes et modérateurs ❌ Accessible 24h/24
Auto-exclusion / interdiction de jeu ✅ Dispositif ANJ ❌ Inexistant
Supervision d’un régulateur ✅ ANJ ❌ Aucune en France
Lutte contre le blanchiment ✅ Traçabilité complète ❌ Pseudonymat crypto

L’ANJ met en garde contre un mécanisme psychologique particulièrement pernicieux : l’illusion de compétence. Le marketing de ces plateformes présente les marchés de prédiction comme une forme d’« investissement », attirant des profils jusqu’ici éloignés des jeux d’argent classiques. L’utilisateur se perçoit comme quelqu’un qui « prédit l’actualité mieux que les autres », ce qui renforce son engagement et peut accélérer l’installation d’un comportement addictif. Plus il se croit compétent, plus il joue.

Cette dynamique est amplifiée par la médiatisation des gros gains, à l’image des 80 millions de dollars remportés par le trader français « Théo ». Comme le décrit une thérapeute new-yorkaise spécialisée dans les addictions, citée par le site Corporate Compliance Insights, le problème avec le jeu en ligne, c’est que le facilitateur est toujours dans la poche du joueur, sur son téléphone. Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association en 2025 confirme par ailleurs que les comportements de jeu problématique sont en hausse dans les États américains ayant légalisé les paris sportifs en ligne.

Un casse-tête juridique mondial entre régulateur et sites illégaux

La nature hybride des marchés de prédiction, à mi-chemin entre les paris et les produits financiers, explique la diversité des approches réglementaires à travers le monde. L’article donne le vertige.

📋 Tour du monde de la régulation des marchés de prédiction

France Géoblocage de Polymarket depuis novembre 2024, considéré comme un site de jeux d’argent illégal par l’ANJ
États-Unis Polymarket autorisé par la CFTC en novembre 2025, mais le Nevada lui interdit l’accès par voie judiciaire (février 2026). Plus de 11 États ont engagé des actions
Ukraine Bloqué en janvier 2026, suite aux 270 M$ de paris sur la guerre. 33e pays à interdire la plateforme
Australie Polymarket placé sur liste noire depuis août 2025
Europe Bloqué en Allemagne, Belgique, Roumanie, Suisse, Pays-Bas, Pologne, Grèce, Chypre et Portugal
Colombie Blocage demandé aux fournisseurs d’accès en septembre 2025

Aux États-Unis, la situation est particulièrement paradoxale. D’un côté, l’administration Trump soutient ouvertement les marchés de prédiction : la CFTC affirme sa compétence exclusive et menace de poursuivre les États qui tentent de les interdire. De l’autre, le Nevada, capitale mondiale des paris, considère ces plateformes comme du « jeu d’argent, purement et simplement » et a obtenu une ordonnance de justice bloquant temporairement Polymarket sur son territoire. Un représentant au Congrès a même déposé en 2026 un projet de loi interdisant aux élus et aux fonctionnaires fédéraux de parier sur ces marchés.

La position de l’ANJ et la protection des joueurs français

En France, la situation est claire. L’ANJ a considéré dès novembre 2024 que Polymarket opérait un service de jeux d’argent non autorisé sur le territoire. L’autorité s’est rapprochée de l’éditeur, domicilié au Panama, qui a mis en place un dispositif de géoblocage. Kalshi, son principal concurrent, a fait de même.

Mais l’ANJ sait que ce blocage a ses limites. L’utilisation d’un VPN permet de contourner la restriction géographique, et le pseudonymat offert par les transactions en cryptomonnaie rend le contrôle des utilisateurs quasi impossible. C’est pourquoi le régulateur français a choisi de lancer cette campagne de sensibilisation directe auprès du public.

Le message est sans ambiguïté : ces plateformes ne disposent d’aucun agrément en France, ne versent aucune taxe sur le territoire, ne garantissent aucune protection pour les joueurs et n’offrent aucun recours en cas de litige. Pour le dire simplement, un joueur français qui perd ses économies sur Polymarket n’a strictement aucun filet de sécurité.

💬 Le point de vue d’un chercheur

Nikos Smyrnaios, chercheur en sciences de l’information, estime que Polymarket incarne la posture libertarienne consistant à appliquer la logique du marché à absolument tout. Selon lui, derrière le discours de ces plateformes sur la « découverte de la vérité » se cache un cynisme qui transforme des événements dramatiques en produits financiers spéculatifs, sans considération pour les conséquences humaines.

L’ANJ rappelle que tout joueur confronté à des difficultés liées au jeu peut contacter Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé) et qu’il est possible de demander une interdiction volontaire de jeu directement sur le site de l’ANJ.

Dans un secteur des jeux d’argent en perpétuelle évolution, une chose est certaine : la ligne entre innovation technologique et Far West numérique n’a jamais été aussi fine.

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Photo de Simon Richomme
Simon Richomme

Responsable éditorial pour la section Casino et cofondateur de Tirage-Gagnant.com depuis 2013. Rédacteur et joueur de roulette et de blackjack régulier en casino, il mêle ses compétences techniques avec sa passion du jeu.

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