Paris Sportifs : LFI propose une loi visant à les interdire purement et simplement
Le calendrier ne doit rien au hasard. Alors que le Mondial 2026 bat son plein et que les publicités pour les paris sportifs s’affichent sur tous les écrans, La France insoumise a déposé, le 23 juin 2026, une proposition de loi pour les interdire purement et simplement. Le député LFI Carlos Martens Bilongo va plus loin que tout ce qui a été proposé jusqu’ici, il souhaite rendre prohibé toute communication commerciale autour des paris sportifs et prévoit de retirer son agrément à tout opérateur qui passerait outre.
Le poids des paris sportifs en France, en chiffres
Ces chiffres, tous issus de données de l'ANJ et d'études publiques, forment le socle de l'argumentaire des auteurs du texte.
Ce que prévoit concrètement la proposition de loi
Le texte est court mais avec ces seulement deux articles, sa portée est radicale. Il ne s’agit pas d’encadrer la publicité des paris sportifs, mais de la faire disparaître, en ligne comme ailleurs.
Deux articles, une interdiction sans demi-mesure
La proposition de loi tient en deux articles, courts mais lourds de conséquences.
Pourquoi maintenant ? Le Mondial, formidable accélérateur des mises
Si l’initiative tombe en pleine Coupe du monde, moment pour notre équipe de vous proposer des pronostics gratuits, c’est que la compétition agit comme un puissant accélérateur des mises. Selon les estimations de l’Autorité nationale des jeux (ANJ) reprises dans le texte, les parieurs français pourraient engager jusqu’à 1,2 milliard d’euros sur le seul Mondial 2026, soit environ le double du précédent record, établi lors de la Coupe du monde 2022. Cette envolée des mises s’accompagne d’une déferlante publicitaire. Les opérateurs devraient consacrer plusieurs centaines de millions d’euros à leurs campagnes en 2026, et l’ARCOM a évoqué la possibilité de voir jusqu’à dix-huit publicités de sites de paris par match.
L’ANJ s’est elle-même inquiétée des « pauses fraîcheur » introduites par la FIFA, qui ajoutent autant d’espaces publicitaires au cœur des rencontres. Rappelons que le football concentre déjà, à lui seul, plus de la moitié des paris sportifs en France.
Les mises en ligne lors des grands Mondiaux
Mondial 2018366 M€
Mises en ligne des parieurs français, selon les chiffres cités dans le texte.Mondial 2022 (Qatar)615 M€
Un record historique à l’époque.Mondial 2026 (estimation)1 200 M€
Projection de l’ANJ : jusqu’à 1,2 milliard d’euros, soit environ le double de 2022.
L'argumentaire des députés : la jeunesse en première ligne
Pour justifier une mesure aussi radicale, les auteurs s’appuient sur un constat central, le modèle économique des paris sportifs reposerait largement sur les joueurs les plus fragiles, et tout particulièrement sur les plus jeunes. Les chiffres avancés sont frappants. D’après l’ANJ, 64 % des parieurs sportifs ont entre 18 et 34 ans – d’où la pertinence de la campagne « Zone à Risques » de l’ANJ. La dépense des 18-24 ans aurait bondi de 127 % sur une première moitié d’année. Plus inquiétant encore, plus d’un tiers des 15-17 ans déclaraient avoir déjà joué à un jeu d’argent malgré l’interdiction qui leur est faite, une part qui n’a cessé de progresser depuis le début des années 2010. Le texte pointe aussi le rôle des réseaux sociaux et des influenceurs : en 2024, plus de 2 300 contenus promotionnels auraient touché une audience cumulée de 33 millions d’abonnés, et un sur trois ne respecterait pas les recommandations de l’ANJ. Les auteurs s’attardent enfin sur des pratiques commerciales qu’ils jugent trompeuses : des « gains » mis en avant en intégrant la mise de départ, des bonus présentés de façon floue, ou encore la sursollicitation des joueurs déjà en difficulté. Selon le texte, 40 % du chiffre d’affaires des opérateurs proviendrait de personnes aux pratiques excessives, une proportion que certaines études situent encore plus haut pour les seuls paris sportifs.
Un sociologue cité dans l’exposé des motifs résume l’inquiétude des parlementaires : l’addiction au jeu coûterait à la collectivité davantage qu’elle ne lui rapporte. Extrapolées à partir de données suédoises, certaines estimations évoquent un coût social pouvant atteindre 15 milliards d’euros par an, à mettre en regard des recettes fiscales du secteur.
Une initiative loin d'être isolée
Cette proposition de loi n’arrive pas seule. Quelques semaines plus tôt, en juin, le député écologiste Emmanuel Duplessy avait déjà déposé un texte inspiré de la loi Évin (celle qui encadre l’alcool et le tabac), visant à restreindre la publicité et le sponsoring des paris. Des parlementaires communistes ont, eux aussi, travaillé sur le sujet. Surtout, le régulateur lui-même pousse dans cette direction. Dès février, l’ANJ avait demandé aux opérateurs de ne pas dépasser leurs budgets publicitaires et appelé le législateur à instaurer un « whistle to whistle ban » : une interdiction de la publicité cinq minutes avant, pendant et cinq minutes après chaque match. La proposition de la LFI est plus radicale, mais elle s’inscrit dans un véritable mouvement de fond.
Ce que font déjà nos voisins européens
La France n’inventerait rien. Plusieurs pays européens ont déjà tranché, souvent bien plus fermement.
L'Europe a souvent choisi la fermeté
À l’échelle du continent, la France apparaît plutôt du côté des pays les plus permissifs, un argument que les partisans du texte ne manquent pas de relever.
Et maintenant ? Un chemin législatif encore long jusqu'à une interdiction publicitaire hypothétique
Reste la question décisive : ce texte a-t-il une chance d’aboutir ? À ce stade, rien n’est joué, et le parcours s’annonce long. Comme toute proposition de loi, le texte a été renvoyé en commission. Pour être réellement débattu dans l’hémicycle, il devra obtenir une place dans le temps parlementaire réservé à son groupe, ce qui n’a rien d’automatique. À ce jour, aucune date d’examen n’est programmée.
Les étapes avant une éventuelle adoption
Le débat, lui, est loin d’être tranché y compris sur l’efficacité réelle d’une interdiction totale.
La présidente de l’ANJ rappelait en début d’année que le régulateur n’est « pas l’ennemie de la publicité », celle-ci permettant à l’offre légale d’être connue face aux sites illégaux. C’est tout l’enjeu : une interdiction totale protégerait-elle les joueurs, ou pousserait-elle une partie d’entre eux vers des opérateurs non agréés, hors de tout contrôle ?
Car l’équation est complexe. Le secteur génère des recettes fiscales importantes, dont une partie alimente directement le budget du ministère des Sports. Et au-delà de l’argent, l’interdiction de la publicité légale pose une question que les régulateurs connaissent bien : comment éviter qu’une partie des joueurs ne se reporte vers des sites illégaux, installés hors de France et de tout contrôle ?
Interdire la pub : le mauvais remède au bon problème
Disons-le d’emblée : le problème que pointe ce texte est réel. L’addiction aux paris existe, elle fait des dégâts, et les centaines de milliers de joueurs en difficulté méritent d’être protégés. Sur ce point, nous ne transigeons pas, c’est précisément pour cela que chacun de nos articles se termine par un rappel sur le jeu responsable.
Mais reconnaître un problème ne suffit pas à valider n’importe quelle réponse. Et celle-ci, à nos yeux de média de joueurs écrit pour des joueurs, se trompe de cible.
Première raison, l’histoire des interdictions est têtue. On y déplace rarement la demande ; on la pousse surtout vers l’ombre. En frappant la publicité, ce texte ne toucherait que les opérateurs légaux, ceux qui paient par ailleurs l’impôt en France, vérifient l’âge de leurs clients et appliquent les outils de protection de l’ANJ. Les sites illégaux, eux, installés hors de nos frontières, n’ont que faire d’une loi française, ils continueraient de prospérer sans contrôle, sans plafond de mise, sans la moindre protection pour le parieur. Réduire au silence l’offre encadrée, c’est risquer d’ouvrir un boulevard à celle qui ne l’est pas.
Et ce n’est pas nous qui le disons en premier, l’ANJ elle-même rappelle que la publicité permet à l’offre légale d’exister face aux sites pirates.
Seconde raison, ce texte envoie un message brutal. À vouloir bannir toute publicité, il finit par traiter le pari sportif comme un fléau en soi, presque une maladie et, du même coup, chaque parieur comme un malade en puissance. C’est oublier que l’immense majorité de ceux qui parient le font pour le plaisir, en misant quelques euros sur un match, sans jamais perdre le contrôle. Stigmatiser ce loisir ne soignera personne. Viser réellement les comportements à risque, muscler l’auto-exclusion, sanctionner les pratiques commerciales les plus douteuses : voilà des leviers utiles.
L’interdiction aveugle, elle, punit tout le monde pour les excès de quelques-uns.
Quelle que soit l’issue de cette proposition de loi, une chose est sûre : la place de la publicité des paris sportifs s’est durablement installée dans le débat public.









