Paris Sportifs : LFI propose une loi visant à les interdire purement et simplement

Alors que les Français pourraient miser jusqu'à 1,2 milliard d'euros sur la seule Coupe du monde 2026, un groupe de députés de La France insoumise a déposé, le 23 juin, une proposition de loi visant à interdire purement et simplement la publicité pour les paris sportifs. Un texte radical, qui relance un débat déjà bien installé.
Paris Sportifs : LFI propose une loi visant à les interdire purement et simplement

Le calendrier ne doit rien au hasard. Alors que le Mondial 2026 bat son plein et que les publicités pour les paris sportifs s’affichent sur tous les écrans, La France insoumise a déposé, le 23 juin 2026, une proposition de loi pour les interdire purement et simplement. Le député LFI Carlos Martens Bilongo va plus loin que tout ce qui a été proposé jusqu’ici, il souhaite rendre prohibé toute communication commerciale autour des paris sportifs et prévoit de retirer son agrément à tout opérateur qui passerait outre.

L'essentiel sur ce projet de loi pour interdire les publicités du paris sportifs
Une proposition de loi déposée le 23 juin 2026 à l’Assemblée nationale
La loi vise à nterdire toute publicité pour les paris sportifs, en ligne comme ailleurs
Sanction prévue brutale, le retrait de l’agrément
Un texte déposé en plein Mondial, quand l’ANJ attend 1,2 milliard d’euros de mises
Une initiative loin d’être isolée, qui rejoint d’autres textes récents

Le poids des paris sportifs en France, en chiffres

MISES ATTENDUES
1,2 milliard d’€
sur le seul Mondial 2026
COMPTES ACTIFS
+ de 5 millions
de parieurs en France
JOUEURS À RISQUE
≈ 600 000
probabilité de pratique excessive
PARIS SPORTIFS
≈ 15 %
de joueurs problématiques

Ces chiffres, tous issus de données de l'ANJ et d'études publiques, forment le socle de l'argumentaire des auteurs du texte.

Ce que prévoit concrètement la proposition de loi

Le texte est court mais avec ces seulement deux articles, sa portée est radicale. Il ne s’agit pas d’encadrer la publicité des paris sportifs, mais de la faire disparaître, en ligne comme ailleurs.

LE TEXTE

Deux articles, une interdiction sans demi-mesure

La proposition de loi tient en deux articles, courts mais lourds de conséquences.

Article 1er
Code de la sécurité intérieure
La publicité serait interdite dès lors qu’elle concerne « un jeu d’argent et de hasard relatif au sport », tous supports confondus.
Article 2
Loi du 12 mai 2010
La publicité pour les paris sportifs en ligne serait prohibée, et tout opérateur qui contreviendrait perdrait son agrément de jeux ou de paris en ligne.
Une sanction inédite : le retrait pur et simple de l'agrément
Là où les textes précédents se contentent d’encadrer ou de restreindre la publicité, celui-ci prévoit la sanction la plus lourde possible : un opérateur qui contreviendrait perdrait son agrément, c’est-à-dire son droit même d’exercer en France.

Pourquoi maintenant ? Le Mondial, formidable accélérateur des mises

Si l’initiative tombe en pleine Coupe du monde, moment pour notre équipe de vous proposer des pronostics gratuits, c’est que la compétition agit comme un puissant accélérateur des mises. Selon les estimations de l’Autorité nationale des jeux (ANJ) reprises dans le texte, les parieurs français pourraient engager jusqu’à 1,2 milliard d’euros sur le seul Mondial 2026, soit environ le double du précédent record, établi lors de la Coupe du monde 2022. Cette envolée des mises s’accompagne d’une déferlante publicitaire. Les opérateurs devraient consacrer plusieurs centaines de millions d’euros à leurs campagnes en 2026, et l’ARCOM a évoqué la possibilité de voir jusqu’à dix-huit publicités de sites de paris par match.

L’ANJ s’est elle-même inquiétée des « pauses fraîcheur » introduites par la FIFA, qui ajoutent autant d’espaces publicitaires au cœur des rencontres. Rappelons que le football concentre déjà, à lui seul, plus de la moitié des paris sportifs en France.

Les mises en ligne lors des grands Mondiaux

  • Mondial 2018366 M€
    Mises en ligne des parieurs français, selon les chiffres cités dans le texte.
  • Mondial 2022 (Qatar)615 M€
    Un record historique à l’époque.
  • Mondial 2026 (estimation)1 200 M€
    Projection de l’ANJ : jusqu’à 1,2 milliard d’euros, soit environ le double de 2022.

L'argumentaire des députés : la jeunesse en première ligne

Pour justifier une mesure aussi radicale, les auteurs s’appuient sur un constat central, le modèle économique des paris sportifs reposerait largement sur les joueurs les plus fragiles, et tout particulièrement sur les plus jeunes. Les chiffres avancés sont frappants. D’après l’ANJ, 64 % des parieurs sportifs ont entre 18 et 34 ans – d’où la pertinence de la campagne « Zone à Risques » de l’ANJ. La dépense des 18-24 ans aurait bondi de 127 % sur une première moitié d’année. Plus inquiétant encore, plus d’un tiers des 15-17 ans déclaraient avoir déjà joué à un jeu d’argent malgré l’interdiction qui leur est faite, une part qui n’a cessé de progresser depuis le début des années 2010. Le texte pointe aussi le rôle des réseaux sociaux et des influenceurs : en 2024, plus de 2 300 contenus promotionnels auraient touché une audience cumulée de 33 millions d’abonnés, et un sur trois ne respecterait pas les recommandations de l’ANJ. Les auteurs s’attardent enfin sur des pratiques commerciales qu’ils jugent trompeuses : des « gains » mis en avant en intégrant la mise de départ, des bonus présentés de façon floue, ou encore la sursollicitation des joueurs déjà en difficulté. Selon le texte, 40 % du chiffre d’affaires des opérateurs proviendrait de personnes aux pratiques excessives,  une proportion que certaines études situent encore plus haut pour les seuls paris sportifs.

Le « TRJ », au cœur de l'argumentaire
Le taux de retour au joueur (TRJ) correspond à la part des mises reversée aux parieurs. Plafonné en moyenne à 85 % par un décret de 2020, il serait, selon les auteurs, parfois contourné — en alourdissant les pertes des perdants, ou en compliquant le paiement des gagnants. Or un TRJ élevé rallonge mécaniquement le temps de jeu, donc le risque d’accoutumance.

Un sociologue cité dans l’exposé des motifs résume l’inquiétude des parlementaires : l’addiction au jeu coûterait à la collectivité davantage qu’elle ne lui rapporte. Extrapolées à partir de données suédoises, certaines estimations évoquent un coût social pouvant atteindre 15 milliards d’euros par an, à mettre en regard des recettes fiscales du secteur.

Une initiative loin d'être isolée

Cette proposition de loi n’arrive pas seule. Quelques semaines plus tôt, en juin, le député écologiste Emmanuel Duplessy avait déjà déposé un texte inspiré de la loi Évin (celle qui encadre l’alcool et le tabac), visant à restreindre la publicité et le sponsoring des paris. Des parlementaires communistes ont, eux aussi, travaillé sur le sujet. Surtout, le régulateur lui-même pousse dans cette direction. Dès février, l’ANJ avait demandé aux opérateurs de ne pas dépasser leurs budgets publicitaires et appelé le législateur à instaurer un « whistle to whistle ban » : une interdiction de la publicité cinq minutes avant, pendant et cinq minutes après chaque match. La proposition de la LFI est plus radicale, mais elle s’inscrit dans un véritable mouvement de fond.

Une succession d'initiatives en 2026
Février 2026L’ANJ demande aux opérateurs de plafonner leurs budgets publicitaires et réclame au législateur un « whistle to whistle ban ».
Début juin 2026Le député écologiste Emmanuel Duplessy dépose une proposition de loi inspirée de la loi Évin (restriction de la publicité et du sponsoring).
23 juin 2026La France insoumise dépose le texte le plus radical : interdiction totale et retrait d’agrément à la clé.

Ce que font déjà nos voisins européens

La France n’inventerait rien. Plusieurs pays européens ont déjà tranché, souvent bien plus fermement.

L'Europe a souvent choisi la fermeté

Italie
Interdiction totale
La publicité pour les paris et les jeux d’argent est interdite à la télévision, sur internet et à la radio.
Espagne
Horaires restreints
Les spots ne sont autorisés qu’entre 1 h et 5 h du matin à la télévision et à la radio.
Belgique
Restrictions fortes
Un seul spot par page de publicité, et une interdiction effective pendant la diffusion des compétitions sportives.
France
Encadrement souple
L’ANJ plafonne les budgets et émet des recommandations, mais aucune interdiction générale n’existe à ce jour.

À l’échelle du continent, la France apparaît plutôt du côté des pays les plus permissifs, un argument que les partisans du texte ne manquent pas de relever.

Et maintenant ? Un chemin législatif encore long jusqu'à une interdiction publicitaire hypothétique

Reste la question décisive : ce texte a-t-il une chance d’aboutir ? À ce stade, rien n’est joué, et le parcours s’annonce long. Comme toute proposition de loi, le texte a été renvoyé en commission. Pour être réellement débattu dans l’hémicycle, il devra obtenir une place dans le temps parlementaire réservé à son groupe, ce qui n’a rien d’automatique. À ce jour, aucune date d’examen n’est programmée.

Les étapes avant une éventuelle adoption

01Le dépôtLe texte est enregistré à l’Assemblée le 23 juin et renvoyé à la commission des lois.
02L’examen en commissionIl devra d’abord être inscrit à l’ordre du jour, puis étudié et amendé.
03Le débat dans l’hémicyclePour être discuté, le texte doit décrocher une place dans une « niche » réservée à son groupe.
04La suite du parcoursEn cas d’adoption, viendrait le passage au Sénat. À ce stade, aucune date n’est fixée.

Le débat, lui, est loin d’être tranché y compris sur l’efficacité réelle d’une interdiction totale.

L'autre versant du débat
La présidente de l’ANJ rappelait en début d’année que le régulateur n’est « pas l’ennemie de la publicité », celle-ci permettant à l’offre légale d’être connue face aux sites illégaux. C’est tout l’enjeu : une interdiction totale protégerait-elle les joueurs, ou pousserait-elle une partie d’entre eux vers des opérateurs non agréés, hors de tout contrôle ?

Car l’équation est complexe. Le secteur génère des recettes fiscales importantes, dont une partie alimente directement le budget du ministère des Sports. Et au-delà de l’argent, l’interdiction de la publicité légale pose une question que les régulateurs connaissent bien : comment éviter qu’une partie des joueurs ne se reporte vers des sites illégaux, installés hors de France et de tout contrôle ?

L'AVIS DE LA RÉDACTION

Interdire la pub : le mauvais remède au bon problème

Disons-le d’emblée : le problème que pointe ce texte est réel. L’addiction aux paris existe, elle fait des dégâts, et les centaines de milliers de joueurs en difficulté méritent d’être protégés. Sur ce point, nous ne transigeons pas, c’est précisément pour cela que chacun de nos articles se termine par un rappel sur le jeu responsable.

Mais reconnaître un problème ne suffit pas à valider n’importe quelle réponse. Et celle-ci, à nos yeux de média de joueurs écrit pour des joueurs, se trompe de cible.

Première raison, l’histoire des interdictions est têtue. On y déplace rarement la demande ; on la pousse surtout vers l’ombre. En frappant la publicité, ce texte ne toucherait que les opérateurs légaux, ceux qui paient par ailleurs l’impôt en France, vérifient l’âge de leurs clients et appliquent les outils de protection de l’ANJ. Les sites illégaux, eux, installés hors de nos frontières, n’ont que faire d’une loi française, ils continueraient de prospérer sans contrôle, sans plafond de mise, sans la moindre protection pour le parieur. Réduire au silence l’offre encadrée, c’est risquer d’ouvrir un boulevard à celle qui ne l’est pas.

Et ce n’est pas nous qui le disons en premier, l’ANJ elle-même rappelle que la publicité permet à l’offre légale d’exister face aux sites pirates.

Seconde raison, ce texte envoie un message brutal. À vouloir bannir toute publicité, il finit par traiter le pari sportif comme un fléau en soi, presque une maladie et, du même coup, chaque parieur comme un malade en puissance. C’est oublier que l’immense majorité de ceux qui parient le font pour le plaisir, en misant quelques euros sur un match, sans jamais perdre le contrôle. Stigmatiser ce loisir ne soignera personne. Viser réellement les comportements à risque, muscler l’auto-exclusion, sanctionner les pratiques commerciales les plus douteuses : voilà des leviers utiles.

L’interdiction aveugle, elle, punit tout le monde pour les excès de quelques-uns.

Notre conviction
Protéger les joueurs vulnérables, oui, sans réserve. Mais en s’attaquant à l’offre légale plutôt qu’à l’offre illégale, et au loisir de tous plutôt qu’à la souffrance de quelques-uns, ce texte pourrait bien manquer sa cible, quand il ne la déplace pas.

Quelle que soit l’issue de cette proposition de loi, une chose est sûre : la place de la publicité des paris sportifs s’est durablement installée dans le débat public.

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Photo de Nicolas Robineau
Nicolas Robineau

Rédacteur en chef et cofondateur de Tirage-Gagnant.com depuis 2013. Intervenant occasionnel sur BFM et les antennes radios de France Bleu. Passionné par les jeux d'argent et plus spécifiquement les loteries, jeux de grattage et poker en ligne qu'il pratique chaque jour.