Merkur Gaming rachete 7 casinos Français : les Allemands entrent dans la danse
Le parc casinotier français change de mains, morceau par morceau. Le 28 août 2026, la Société Française de Casinos a annoncé que le groupe allemand Merkur avait signé la veille une promesse d’achat portant sur 95 % de Casigrangi, la holding du groupe Le Stelsia. Sept établissements changent de propriétaire, et avec eux la troisième pièce d’une recomposition entamée à l’été 2025.
Ce que Merkur Group achète, et par quel chemin
L’opération passe par un étage intermédiaire, celui de la holding Casigrangi qui exploite en propre trois casinos, à Granville, Megève et Mimizan. Elle détient aussi 4 135 434 actions de la Société Française de Casinos, soit 81,21 % du capital et des droits de vote. SFC exploite de son côté 4 casinos à Gruissan, Port-la-Nouvelle, Collioure et Châtel-Guyon. En prenant le contrôle de la holding, Merkur récupère sept établissements d’un seul geste, avec les activités d’hôtellerie, de restauration et de spectacle qui y sont adossées.
Le prix négocié fait ressortir, par transparence, une valorisation de 6,19 € par action SFC. Soit 157,9 % au-dessus du cours de clôture du 27 août, et 195,9 % au-dessus de la moyenne pondérée par les volumes des 240 dernières séances. Merkur devra ensuite déposer une offre publique d’achat simplifiée sur le flottant au même prix, avant de demander un retrait obligatoire et la sortie de la cote. Les cédants sont GPG Groupe Philippe Ginestet et DOFA, ce dernier gardant 5 % assortis de promesses croisées d’achat et de vente.
L'opération en chiffres
Le prix payé dépasse largement les niveaux de valorisation observés en Bourse ces douze derniers mois.
Rien n’est encore signé. Le contrat de cession définitif suppose la consultation des salariés de Casigrangi et du comité social et économique du casino de Gruissan. La réalisation reste soumise aux autorisations réglementaires, dont celle du ministère de l’Intérieur prévue à l’article L. 323-3 du Code de la sécurité intérieure. Le détail figure dans le communiqué publié par SFC.
Trois rachats en quatorze mois
La recomposition du parc casinotier français
Opérations annoncées depuis juillet 2025
L’Autrichien Novomatic a ouvert la séquence en rachetant Vikings Casinos, opérateur normand présent notamment sur la Côte d’Azur. Banijay Gaming, propriétaire de Betclic et de Tipico, a enchaîné le 6 juillet 2026 en s’engageant à reprendre les 33 casinos JOA aux fonds Blackstone et Kings Park Capital : environ 430 millions d’euros de chiffre d’affaires et le deuxième réseau du pays. Merkur arrive dernier, avec le plus petit portefeuille des trois.
Ce que ces trois acheteurs ont en commun : le casino en ligne en ligne de mire
Aucun des trois n’achète seulement des machines à sous. Novomatic possède Greentube, sa division interactive, éditeur de contenus de casino en ligne. Merkur fabrique et distribue depuis près de soixante-dix ans des jeux et des machines à sous, exploite des salles et des casinos, et se déclare présent dans les paris sportifs et les jeux en ligne. Banijay détient Betclic, poids lourd du pari sportif français, et Tipico, leader outre-Rhin.
Leur savoir-faire numérique dépasse largement ce que la loi française autorise. Les machines à sous, la roulette et le blackjack en ligne restent interdits aux opérateurs agréés en France. Seuls le poker, les paris sportifs et les paris hippiques disposent d’un agrément de l’ANJ.
Le pari du miroir numérique
Le syndicat Casinos de France défend depuis plusieurs années une règle simple : si le casino en ligne s’ouvre un jour, seuls les exploitants de casinos physiques français pourraient en proposer le reflet numérique. Son vice-président Fabrice Paire s’appuie sur le précédent des paris sportifs, où trois marques concentrent l’essentiel du marché, comme le rapporte Gaming&Co.
Ce modèle transformerait l’autorisation d’exploitation terrestre en ticket d’entrée. Sept petits casinos, dont quatre pèsent 22,5 millions d’euros de produit brut des jeux attendus sur l’exercice 2025-2026, prennent alors une tout autre valeur : celle d’une option sur un marché qui n’existe pas encore.
Un calendrier qui croise celui de la présidentielle
Aucun texte de légalisation n’est aujourd’hui inscrit à l’ordre du jour. L’amendement glissé dans le projet de loi de finances pour 2025 avait été retiré fin octobre 2024, sous la pression des casinotiers terrestres et des élus des communes concernées. La France reste, avec Chypre, l’un des derniers pays de l’Union européenne à ne pas réguler ces jeux.
Le calendrier de Merkur, lui, tombe à un moment précis : finalisation espérée au premier trimestre 2027, dépôt de l’offre auprès de l’AMF au premier semestre. La fenêtre de l’élection présidentielle et de l’installation d’un nouveau gouvernement. Notre lecture : ces trois groupes se placent avant que le débat ne s’ouvre.








