Jeux d’argent en France : la FDJ caracole en tête, le PMU sombre, découvrez le nouveau classement
Les principaux chiffres à retenir sur l’étude des jeux d’argent en 2025 par l’ANJ :
Les paris sportifs en ligne, locomotive du marché avant le Mondial
Si un segment incarne à lui seul la vitalité du marché français des jeux d’argent en 2025, c’est bien celui des paris sportifs en ligne. Avec un produit brut des jeux de 1,766 milliard d’euros et des mises qui atteignent la somme vertigineuse de 11,517 milliards d’euros (+12% sur un an), ce segment confirme son statut de premier moteur du marché en concurrence. Il représente désormais les deux tiers du PBJ en ligne (68%, contre 62% en 2023), dans un mouvement de consolidation qui ne faiblit pas.
Plus significatif encore : cette progression intervient en l’absence de grandes compétitions internationales. Il n’y a eu ni Euro ni Jeux Olympiques en 2025, contrairement à l’année 2024 qui avait gonflé artificiellement les chiffres. Pourtant, le segment a continué de progresser à un rythme soutenu (+10,4% de PBJ), signe d’une capacité structurelle à recruter des joueurs au-delà du simple effet calendrier. Le taux de croissance annuel moyen (TCAM) sur la période 2023-2025 s’établit à +14,6% sur le PBJ, le plus élevé du marché en ligne.
Dans le détail, la Ligue des Champions, dans son nouveau format « championnat » introduit en 2024-2025, a fait des étincelles avec une progression des mises de +48,6% sur les matches de la compétition. Cette nouvelle mouture, plus dense et plus ouverte, a manifestement séduit les parieurs français. Le tennis s’affirme quant à lui comme le second moteur incontestable du segment, avec 30% de la contribution à la croissance (contre 20% en 2024) et des mises en hausse de +16,3%.
Sur le plan du bassin de joueurs, les paris sportifs en ligne comptent désormais 5,3 millions de comptes joueurs actifs (CJA) et 3,6 millions de joueurs uniques (+8,6%). Chaque CJA a en moyenne placé 151 paris en 2025 (+3,3%) pour une mise annuelle de 2 186€ (+3,8%) et un PBJ par CJA de 335€ (+2,3%). La mise moyenne par pari reste, elle, remarquablement stable à 14,5€.
La Coupe du monde 2026, un test grandeur nature pour le marché
C’est bien là tout l’enjeu : si le marché français des paris sportifs a démontré en 2025 sa capacité à croître sans compétition majeure, que se passera-t-il lorsque la Coupe du monde de football débutera ? L’ANJ elle-même pose la question dans son rapport.
« la Coupe du monde de football qui se tiendra à l’été 2026 permettra de vérifier si les grandes compétitions internationales conservent leur effet d’accélération traditionnel pour le marché ».
Pour mémoire, l’année 2024 avait bénéficié d’un calendrier sportif exceptionnel (Euro de football en Allemagne, Jeux Olympiques de Paris) qui avait dopé les mises de +21,1%. Sans équivalent en 2025, le segment a tout de même progressé de +12% en mises. Autant dire qu’une édition de Coupe du monde, compétition historiquement la plus génératrice de mises de l’année civile pourrait pulvériser les records dans un marché déjà sous tension concurrentielle.
D’autant que le contexte concurrentiel s’est densifié. L’arrivée potentielle de nouveaux entrants sur le marché, que l’ANJ mentionne comme l’une des tendances structurelles de 2026, devrait maintenir une pression soutenue sur l’ensemble des opérateurs. Une bataille commerciale à l’horizon, qui profitera évidemment aux parieurs (plus d’offres, plus de bonus) mais qu’il faudra surveiller côté jeu responsable.
Un marché en ligne qui déborde largement du pari sportif
Réduire 2025 aux paris sportifs serait cependant une erreur d’analyse. Les deux autres segments en ligne ont eux aussi renoué avec la croissance, avec des dynamiques distinctes mais convergentes sur un point : l’expansion rapide de leur bassin de joueurs.
Le poker en ligne signe l’un des grands retours de 2025, avec un PBJ qui atteint 525 millions d’euros (+6,5%), après un recul de -2,1% en 2024. La croissance est intégralement portée par les formats de tournois : le Sit&Go progresse de +8,8% (358 M€, 68% du PBJ total) et surtout les tournois multi-tables (MTT) affichent une hausse spectaculaire de +18,5%, soutenus par de nouveaux formats intégrant des mécaniques de primes d’élimination aléatoires. Le Cash Game, en revanche, poursuit son érosion structurelle (-6,5%), signe probable d’un déficit d’innovation sur ce format historique.
Le segment connaît aussi l’expansion la plus rapide du marché en ligne côté joueurs : 2,5 millions de CJA (+16,5%) et 1,9 million de joueurs uniques (+15,1%). Mais cette croissance masque une dilution du niveau d’engagement : le panier moyen par joueur (PBJ/CJA) recule à 213€ (-8,6%), traduisant probablement l’arrivée de joueurs plus occasionnels via la multi-activité.
Les paris hippiques en ligne renouent eux aussi avec une dynamique positive : 326 M€ de PBJ (+2,4%) et surtout des enjeux en hausse de +7,3% à 1,68 Md€, la plus forte progression des trois dernières années. Le galop (+8,7%) progresse plus vite que le trot (+5,9%), poursuivant un rééquilibrage entre les deux disciplines. Mais là aussi, l’ANJ note une tendance paradoxale : le bassin de joueurs croît plus vite que les enjeux, ce qui signifie que les joueurs nouvellement recrutés misent en moyenne moins.
FDJ United, roi de la loterie, en difficulté à l’international
Dans l’univers sous droits exclusifs, FDJ United (ex-Française des Jeux) continue de peser de tout son poids. Ses activités en France (loterie en points de vente, loterie en ligne, paris sportifs en points de vente) représentent à elles seules 49,2% du PBJ total du marché français, soit 6,95 milliards d’euros, en progression de +2,8% sur un an.
La dynamique est d’abord portée par la loterie (+3,4%), avec deux moteurs principaux : les jeux de tirage, où l’EuroMillions a proposé plus de 50 tirages avec des jackpots supérieurs à 75 millions d’euros en 2025, et les jeux instantanés (tickets à gratter), dont plusieurs nouveautés ont rencontré leur public. La loterie en ligne poursuit quant à elle sa digitalisation avec un chiffre d’affaires en hausse de +8,1% et un bassin de plus de 6 millions de joueurs actifs en ligne à fin 2025.
Le tableau se noircit toutefois dès qu’on regarde hors de l’Hexagone. L’intégration en année pleine de Kindred (acquis en octobre 2024) porte le PBJ groupe à 8,7 Md€, mais les paris et jeux en ligne en concurrence du groupe accusent un recul de -8,1%, plombés par les marchés britannique et néerlandais. Hors Royaume-Uni et Pays-Bas, cette activité progresse pourtant de +5,6%, avec des gains de parts de marché en France, preuve que la stratégie d’unification des marques annoncée récemment (voir notre article sur la fusion Unibet / FDJ United) est bien le chantier prioritaire de 2026.
PMU, tous les voyants au rouge avant le Pacte 2030
Si FDJ United affiche un bilan « contrasté », celui du PMU est sans ambiguïté.
« une dégradation préoccupante de tous les indicateurs pour PMU ».
Et les chiffres ne laissent aucune place à l’interprétation.
- Mises : 6,44 Md€ en 2025 (-3,3%), après -2,6% en 2024 — le recul s’accélère
- PBJ : 1,65 Md€ (-2,8%), contre -2,2% l’année précédente
- Bassin de joueurs : 3,3 M (-5,7%), après avoir brièvement retrouvé son niveau pré-Covid en 2024
- Part de marché : 11,7% en 2025, contre 13,2% en 2023 (-1,5 point en deux ans)
- Contribution à la filière hippique : 802 M€ (-35 M€, soit -4,2%)
Dans le même temps, le pari sportif en ligne a gagné 2,3 points de part de marché en deux ans (de 10,2% à 12,5%). La bascule est consommée : les parieurs sportifs en ligne pèsent désormais davantage que le PMU dans le paysage français du jeu d’argent. Un basculement historique pour un monopole qui dominait structurellement le paysage jusqu’aux années 2010.
Face à cette dégradation, 2026 s’annonce comme l’année du « Pacte PMU 2030 », chantier stratégique engagé par l’État et piloté par Éric Woerth (ancien ministre du Budget), nommé président du conseil d’administration le 30 mars 2026. À ses côtés, Cyrille Giraudat a pris ses fonctions de directeur général en janvier 2026. Un duo qui aura la lourde tâche de redéfinir le modèle économique du PMU et de sa gouvernance, dans un contexte où un amendement au PLF 2025 ouvre par ailleurs la possibilité de nouvelles offres hippiques (notamment les paris sur des courses passées), de nature à renouveler l’offre du monopole.
Casinos en reprise, clubs parisiens sanctionnés par deux mois de fermeture
Dernier acte de ce bilan 2025 : les jeux physiques. Et ici, deux trajectoires radicalement opposées. Les casinos terrestres signent leur meilleure année depuis la sortie de crise, avec un PBJ de 2,816 milliards d’euros (+3,4%) et 31,6 millions d’entrées (+2%). La dépense moyenne par entrée progresse modérément à 88,3€ (+0,5%), et les groupes de casinos conservent leur domination avec environ 93% du PBJ total du segment.
Le mix produit ne bouge qu’à la marge : les machines à sous restent hégémoniques avec 82% du PBJ, devant les jeux électroniques (10,6%), les jeux traditionnels (7%) et les jeux de cercle (0,5%). Au sein des jeux traditionnels, le Texas Hold’em Poker concentre plus de 96% de l’activité, quand les jeux de cercle (blackjack, roulette anglaise, Ultimate Poker) se répartissent l’essentiel du reste.
À l’inverse, les clubs de jeux parisiens ont connu un véritable cauchemar : -21% de PBJ à 97 millions d’euros, -25,4% d’entrées à 575 000. La cause ? Deux mois de fermeture administrative en début d’année 2025, le temps que l’adoption tardive de la loi de finances acte la prolongation de l’expérimentation. Une « amputation calendaire » dont l’effet réel (17% de la perte) est même amplifié par une reprise progressive après réouverture.
La bonne nouvelle : l’année 2026 marque la pérennisation définitive des clubs de jeux parisiens, après huit années d’expérimentation. Ce cadre juridique stabilisé ouvre de nouvelles perspectives, notamment celle d’un éventuel élargissement de la gamme de jeux autorisés — un chantier réglementaire que l’ANJ entend suivre de près.
La France, 7e marché mondial et 3e européen
À l’échelle internationale, le PBJ mondial atteint 505,6 milliards d’euros en 2025 (+7,3%), porté principalement par les paris en ligne (+13,1%) et les jeux de casinos (+8,1%). La loterie, en revanche, poursuit son ralentissement mondial (+1,2% seulement).
Dans ce paysage, la France occupe désormais le 7e rang mondial et le 3e rang européen, derrière l’Italie et le Royaume-Uni, et devant l’Allemagne. Avec +3% de croissance en 2025, elle se positionne dans la moyenne du top 5 européen, devant l’Italie (+1,9%) et l’Allemagne (stable), mais derrière le Royaume-Uni (+4,3%) et l’Espagne (+5,6%). Sur le segment en ligne, la progression française (+8,5%) est également dans la moyenne, entre le Royaume-Uni (+8,2%) et l’Italie (+11,2%).
L’Espagne tire nettement son épingle du jeu avec une dynamique particulièrement forte sur le casino en ligne et les paris sportifs en direct. À l’inverse, l’Allemagne, plombée par des contraintes réglementaires strictes (plafonds de mises et de dépôts), affiche la plus faible progression du top 5 européen.
2026, un millésime sous haute surveillance
Au-delà de la Coupe du monde, plusieurs facteurs vont influencer le visage du marché français en 2026. Le premier est fiscal : les évolutions entrées en vigueur au 1er juillet 2025 (fiscalité des paris sportifs notamment) n’ont produit leurs effets que sur un semestre. Leur impact en année pleine sera un facteur déterminant à surveiller.
Le second concerne le secteur émergent des JONUM (jeux à objets numériques monétisables), dont le cadre expérimental est entré en vigueur début 2026. Ce marché adjacent, à la croisée du jeu vidéo et du jeu d’argent, pourrait ouvrir des perspectives inédites, même si les premiers développements restent à observer.
Enfin, tous les opérateurs abordent 2026 avec des enjeux spécifiques : FDJ United doit consolider l’intégration de Kindred tout en redressant ses activités européennes ; le PMU doit poser les fondements d’une relance via le Pacte 2030 ; les clubs de jeux parisiens entament leur première année de cadre permanent.
« 2026 se présente comme une année décisive pour l’ensemble du marché des jeux d’argent. Qu’il s’agisse de consolider des acquisitions, d’enrayer sans tarder un recul qui s’installe ou de faire face à une intensification de la concurrence à la veille de la Coupe du Monde de football, tous les indicateurs sont au rouge pour le régulateur. Dans ce contexte de tension auquel s’ajoute l’arrivée de nouvelles formes de jeux, il est nécessaire de poursuivre le virage attendu vers un modèle de jeu moins intensif et de proposer des adaptations au cadre de régulation actuel pour faire baisser la température du jeu d’argent. ».
Le message est clair : dans un marché des jeux d’argent qui atteint des records historiques, l’autorité de régulation entend pousser pour un recalibrage des pratiques. Les opérateurs, eux, ont les yeux rivés sur le 11 juin 2026, date du coup d’envoi du Mondial. Entre ces deux horizons, celui de l’accélération commerciale et celui de la modération réglementaire se jouera une bonne partie du visage que prendra le marché français des jeux d’argent dans les années à venir.
Chez Tirage-Gagnant.com, nous continuerons de suivre avec attention les indicateurs mensuels du marché, les résultats des opérateurs, et les décisions de l’ANJ. Rendez-vous à l’automne 2026 pour un premier bilan post-Mondial, qui donnera la mesure de l’effet Coupe du monde sur un marché déjà en pleine mutation.










