Pascal Chèvremont, nouveau président de l’ANJ : un cap clair pour la régulation des jeux d’argent en 2026
Son audition du 17 juin devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, que nous avons écoutée dans son intégralité chez Tirage-Gagnant.com, dessine un cap net pour les paris en ligne, les mineurs et la lutte contre les sites illégaux.
Le secteur des jeux en quatre chiffres
Qui est Pascal Chèvremont ?
Le nouveau président n’est pas un visage médiatique, mais une figure connue des cercles financiers de l’État. Sa double culture, haute administration d’un côté, secteurs sensibles de l’autre, a occupé le devant de la scène lors de son audition.
Le parcours de Pascal Chèvremont
Ce profil de « contrôleur de Bercy » renoue avec une tradition de la régulation française, avant la création de l’ANJ en 2020, l’ARJEL avait elle aussi été confiée à un haut fonctionnaire issu du même corps. Le signal envoyé par l’exécutif est lisible, renforcer la lecture économique d’un marché en pleine mutation numérique.
Sa priorité : faire reculer le jeu illégal en rendant l’offre légale plus attractive
C’est le fil rouge de son intervention. Pour Pascal Chèvremont, la lutte contre le jeu illégal est une priorité sous-jacente aux quatre objectifs fixés par la loi (protection des joueurs, lutte contre le blanchiment, intégrité des opérations, équilibre des filières). Et sa méthode assume une part de pragmatisme, plutôt que de laisser les joueurs à risque sur des plateformes hors la loi, mieux vaut les ramener vers des opérateurs agréés, soumis à des obligations d’identification et d’accompagnement.
« Je trouve préférable que des joueurs en risque de jeu excessif, majoritaires sur ces plateformes illégales, puissent être identifiés et accompagnés par des opérateurs légaux, plutôt que d’être laissés à l’abandon. » (Pascal Chèvremont, audition du 17 juin 2026)
Concrètement, il souhaite que les décisions de l’Autorité tiennent compte de « l’attractivité de l’offre légale sur l’offre illégale ». Il s’appuie sur un acquis du précédent mandat, le blocage administratif des sites illégaux, jugé bien plus efficace que la voie judiciaire et qui a permis, selon lui, de multiplier par douze le nombre d’URL bloquées. Mais il reconnaît les limites de l’exercice car de nouveaux sites prennent constamment le relais des précédents.
Protection des mineurs et joueurs excessifs : le dossier qui dérange
C’est le moment le plus frappant de l’audition. En mai 2026, l’ANJ a dévoilé un algorithme de détection du jeu excessif. Le résultat a surpris jusqu’au futur président, qui n’a pas caché son trouble.
Sur les mineurs, son diagnostic est précis. Environ 15 % des mineurs détectés en situation de jeu profitent de failles au moment de la création d’un compte, notamment via la fraude documentaire ; les 85 % restants jouent en utilisant le compte d’un adulte de leur entourage. Sa feuille de route, accélérer la vérification d’identité (aujourd’hui, le délai d’un mois laisse une fenêtre d’accès au jeu), s’appuyer sur les outils publics de contrôle documentaire, et responsabiliser les adultes.
Publicité, promotion et « loi Évin des jeux » : la prudence d’abord
Le sujet est brûlant, la Coupe du monde 2026 et les pronostics associés ont déclenché une vague promotionnelle sans précédent. Selon les chiffres avancés lors de l’audition par le député Emmanuel Duplessy (Écologiste et social), les stratégies promotionnelles des opérateurs progressent de près de 25 % pour approcher les 800 millions d’euros en 2026. Pascal Chèvremont fait de l’intensité promotionnelle un point de vigilance majeur de son mandat, mais il refuse de s’engager, à ce stade, vers une « loi Évin des jeux » sur le modèle de l’encadrement de l’alcool et du tabac.
« On a une régulation de la promotion qui doit être améliorée, mais qui commence à être assez solide. Il y aura besoin d’améliorer, mais on va y aller progressivement. » (Pascal Chèvremont)
Sa boîte à outils est connue, volumes financiers, horaires de diffusion, lieux d’affichage à distance des lycées, exposition des mineurs aux contenus, et surveillance accrue des influenceurs, dont il juge le contrôle « pas évident ». Il promet un bilan rapide de l’intensité promotionnelle pendant la Coupe du monde, et rappelle que l’Autorité a déjà saisi sa commission des sanctions lorsque des opérateurs dépassaient le plafond annuel du taux de retour aux joueurs. Un avertissement à peine voilé pour la suite de la compétition.
Casinos en ligne : un débat qu’il veut « approfondi »
La légalisation des casinos en ligne revient régulièrement dans le débat budgétaire, avec à la clé un rendement fiscal estimé autour d’un milliard d’euros. Le nouveau président y oppose un argument économique de fond, même dans les pays qui ont légalisé, une part importante de l’offre reste illégale, car son modèle repose sur des taux de retour aux joueurs très élevés, eux-mêmes permis par une fiscalité faible.
« Une offre importante de casino en ligne reste illégale, même dans les pays qui ont légalisé. » (Pascal Chèvremont)
Le rôle de l’ANJ sur ce dossier reste purement consultatif, la décision appartient au législateur. Mais le futur président plaide pour un débat parlementaire complet, et non un simple amendement glissé dans un texte budgétaire, afin que tous les points de vue puissent s’exprimer. Il souligne aussi que la fiscalité des casinos physiques nourrit largement les collectivités locales, un équilibre territorial qu’il dit vouloir préserver.
Une audition sous tension, un vote serré
L’audition n’a pas été une formalité. Le passé de Pascal Chèvremont a nourri deux lignes d’attaque, principalement à gauche de l’hémicycle. La première vise son passage chez Brasseurs de France, qualifié de fonction de représentant d’intérêts de l’industrie de l’alcool, présentée comme peu compatible avec un rôle de gendarme de la santé publique. La seconde porte sur un possible conflit d’intérêts : comment contrôler hier la rentabilité de FDJ et présider aujourd’hui le régulateur censé la sanctionner ?
Sur ce point, le candidat a apporté une réponse précise. Il décrit sa fonction de contrôleur comme un rôle d’observateur pour le compte de l’État, et indique s’être mis en retrait du contrôle de FDJ dès l’annonce de sa candidature, pour écarter tout soupçon. Plusieurs élus ont toutefois averti qu’il devrait probablement se déporter sur les décisions concernant l’opérateur.
Les chiffres brandis par l’opposition donnent la mesure de la tension, environ 1,2 million de joueurs problématiques en France, dont plusieurs centaines de milliers en situation excessive, et une part majoritaire du chiffre d’affaires des opérateurs de paris sportifs qui proviendrait, selon le rapport d’Addiction France cité en séance, de joueurs en perte de contrôle. Plusieurs voix ont aussi dénoncé le blocage d’une campagne de prévention en pleine Coupe du monde.
Au final, les deux commissions des finances ont rendu un avis favorable, mais au terme d’un scrutin disputé : sur les 52 suffrages exprimés dans les deux chambres, 30 se sont portés en faveur de la nomination. À l’Assemblée nationale, les voix se sont réparties presque à parité. La majorité qualifiée des trois cinquièmes, seule à même de bloquer la nomination, n’a jamais été en vue.
Retrouvez toute l’audition de Pascal Chèvremont devant les parlementaires sur Youtube à l’Assemblée Nationale :
Ci-dessous, retrouvez l’audition de Pascal Chèvremont devant les sénateurs :
Une nomination en trois actes pour Pascal Chèvremont
Ce qui attend le nouveau président de l’ANJ
Le calendrier est chargé. À court terme, le bilan promotionnel de la Coupe du monde et le suivi des taux de retour aux joueurs ; le décryptage de l’algorithme des 600 000 joueurs à risque ; la régulation des jeux à objet numérique monétisable (les JONUM), dont l’expérimentation, lancée tardivement, pourrait être prolongée. À plus long terme, la coopération avec les régulateurs européens, rendue nécessaire par l’expansion internationale des opérateurs français, et l’éternel équilibre des filières, entre numérisation et maintien des points de vente physiques dans les territoires.
Pour notre équipe, le ton est donné : continuité dans la doctrine, mais une lecture plus économique et un regard appuyé sur la donnée, peut-être une bonne nouvelle pour le secteur avec plus de souplesse réglementaire et un attrait soutenu vers une expansion du « pool » de joueurs tout en évitant les excès.







